À Pointe-à-Pitre, l’aquaponie partagée fleurit au pied des immeubles
Depuis six ans, les habitants du quartier de l’Assainissement à Pointe-à-Pitre cultivent salades, plantes aromatiques et poissons grâce à l’aquaponie partagée. Un projet écologique, économique et solidaire porté par l’Association Aquaponie Antilles, qui essaime aujourd’hui sur l’ensemble du territoire guadeloupéen.
Découvrez le reportage en vidéo
Pour mieux comprendre l’aquaponie partagée et découvrir cette installation pionnière du quartier de l’Assainissement, nous vous invitons à visionner le reportage ci-dessous, qui présente le témoignage des habitants et le fonctionnement concret du système.
Un écosystème vertueux au pied des tours
Des salades, du céleri, des plantes aromatiques et du poisson : voilà ce que l’on récolte aujourd’hui en bas des immeubles du quartier de l’Assainissement, à Pointe-à-Pitre. Depuis 2020, les résidents pratiquent l’aquaponie partagée, un système de permaculture agroécologique qui permet de cultiver des fruits et légumes locaux grâce aux déjections des poissons.
Le principe est élégant : « On va copier un écosystème aquatique avec lequel on va se nourrir », explique un membre de l’association. Les poissons produisent des déjections riches en ammoniaque, naturellement toxique. Des bactéries transforment cet ammoniaque en nitrates, que les plantes consomment avidement. En absorbant ces nutriments, les végétaux assainissent l’eau qui retourne ensuite aux poissons. Un circuit fermé, parfaitement bouclé, où chaque maillon dépend des autres.
« Tous les êtres vivants sont interdépendants. S’il y en a un qui va mal, tout le système va mal », résume l’animateur du projet. Les plantes poussent sur des plaques flottantes en polystyrène alimentaire, racines plongées dans l’eau oxygénée pour éviter toute pourriture.
Un projet géré par et pour les habitants
Lancé en 2020, le projet repose entièrement sur l’implication des résidents. Ce sont eux qui nourrissent les poissons, plantent les nouvelles pousses, récoltent les légumes mûrs et entretiennent l’installation au quotidien. Une véritable appropriation citoyenne de la production alimentaire, au pied même de leurs immeubles.
Sur place, l’ambiance est studieuse mais conviviale. Les habitants vident les pots, nettoient les bacs, replantent immédiatement après chaque récolte pour assurer une production continue. « On va faire de la place pour remettre encore des plants, qu’on puisse encore avoir de la salade en continu », explique l’un d’eux pendant la récolte.
Une réponse concrète à la cherté de la vie
Dans un contexte où le prix des légumes ne cesse de grimper en Guadeloupe, l’aquaponie partagée apparaît comme une solution particulièrement pertinente. « En ce moment, les légumes sont chers et c’est vraiment une problématique. Avec le système aquaponique, nous avons de la salade toute l’année. C’est gratuit et c’est bénéfique pour le porte-monnaie », témoigne une habitante du quartier.
Les performances du système sont d’ailleurs remarquables : environ 30 % de rendement supérieur à un jardin en pleine terre. Les laitues, par exemple, atteignent leur maturité en trois semaines seulement, contre quatre semaines en culture traditionnelle. Une productivité qui fait toute la différence pour des familles soucieuses de leur budget.
Une alternative pour les terres contaminées au chlordécone
Au-delà des aspects économiques, l’aquaponie présente un atout stratégique majeur pour la Guadeloupe : elle constitue une réponse adaptée aux terres contaminées par le chlordécone, ce pesticide qui a longtemps empoisonné les sols de l’archipel. « L’aquaponie est un complément de l’agriculture, pour des zones inondables, bétonnées ou toxiques sur basse terre, des zones qui sont chlordéconées. C’est l’avenir pour ce type de terrain », affirme un membre de l’AAA.
En cultivant hors-sol et en circuit fermé, l’aquaponie permet en effet de produire des aliments sains, même dans les zones où la terre est rendue impropre à l’agriculture traditionnelle. Une innovation qui ouvre des perspectives considérables pour la souveraineté alimentaire de l’île.
Une technique ancestrale remise au goût du jour
Si l’aquaponie peut sembler révolutionnaire, elle s’inscrit en réalité dans une tradition millénaire. « Les Aztèques utilisaient déjà cette technique qu’ils appelaient les chinampas. Les jardins suspendus de Babylone étaient très probablement aussi en aquaponie », rappelle un représentant de l’association.
De manière ancestrale et traditionnelle, cette méthode est encore pratiquée aujourd’hui dans différentes régions du monde. En Birmanie, sur le lac Inle, des hectares entiers de tomates poussent ainsi sur l’eau. L’Amérique latine et l’Asie ont su préserver et transmettre ce savoir-faire à travers les siècles. L’AAA contribue aujourd’hui à réintroduire cette pratique en Guadeloupe, sous une forme modernisée et adaptée aux défis contemporains.
Le partage au cœur du projet
Au-delà de la production alimentaire, l’aquaponie partagée du quartier de l’Assainissement est avant tout une aventure humaine. Une fois les récoltes effectuées, les habitants conditionnent les légumes dans des sachets et les distribuent généreusement aux voisins. « Nous partageons ce que nous plantons », sourit une résidente, en tendant une belle salade fraîchement cueillie à sa voisine.
Ces échanges quotidiens créent du lien social, renforcent la cohésion entre les habitants et donnent un sens nouveau à la vie de quartier. L’aquaponie devient ici bien plus qu’une technique agricole : elle est un véritable projet de société.
Dix ans d’existence pour l’AAA, un mouvement qui s’étend
Créée en 2016, l’Association Aquaponie Antilles célèbre cette année ses dix ans d’existence. Une décennie qui a permis de structurer la filière, de former de nombreux passionnés et de multiplier les installations à travers la Guadeloupe. « En dix ans d’existence, notre association a porté ses fruits. Nous sommes en train de nous développer, et par là même de développer la technique tout autour de la Guadeloupe », se réjouit un responsable de l’AAA.
Écoles, cités, particuliers : l’association accompagne désormais une grande diversité de projets, prouvant que l’aquaponie peut s’adapter à tous les contextes. Le quartier de l’Assainissement à Pointe-à-Pitre en est l’illustration parfaite : un modèle reproductible qui pourrait essaimer dans bien d’autres résidences de l’archipel.
Pour en savoir plus sur l’aquaponie en Guadeloupe et les actions de l’Association Aquaponie Antilles, visitez le site www.aquaponieantilles.com ou contactez l’AAA pour découvrir comment mettre en place votre propre système aquaponique.

